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Un tailleur qui propose un parachute de 8m2 défiant toutes les lois de la physique élémentaire, ça ne peut que finir pas très bien.
Mail il restera dans l'histoire avec son fameux "A tout à l'heure !" juste avant de sauter....


 

 

 

Je vous propose la transcription du "le journal amusant" dans son édition du 10 février 1912:

 

Tragique expérience de parachute.
Pour avoir voulu créer un appareil qu’il croyait capable de sauver des vies humaines, un téméraire inventeur, M. Reichelt, paye de sa vie son erreur. S’étant lancé, dimanche matin, du haut de la première plate-forme de la tour Eiffel, il est venu s’écraser sur le sol durci par le froid, se tuant sur le coup.

Malgré la température excessive et la bise glaciale qui soufflait, cinquante personnes se trouvaient devant le pilier de la tour par où devait monter Reichelt, commentant le succès de l’expérience qui allait être tentée.

À 8 heures, très exactement, l’inventeur arrivait. Il avait sur lui son vêtement, sorte de combinaison d’aviation en soie kaki, vêtement de Loïe Fuller très ample, pas disgracieux, pas gênant, laissant les mouvements libres. M. Reichelt fournit quelques explications sur son vêtement. La superficie est de 32 m. 50, le diamètre de 6 m. 50, la suspension de 5 mètres.

— La manœuvre est fort simple, dit-il : au moment de la chute, l’aviateur tire sur les parties du vêtement qui s’écartent, le parachute se déploie et c’est la descente.

— Du reste, ajoutait-il, vous allez en juger par vous-mêmes, à constater comment on descend de la tour Eiffel autrement que par l’ascenseur.

Le malheureux, qui croyait en la réussite ! Suivi de deux amis, il monta l’interminable escalier et nous cria :

— À tout à l’heure !

 

 

 

 

 

 

 

 

À la première plate-forme, Reichelt s’arrêta. Il s’orienta, laissa tomber un journal qui le renseigna sur le sens et la vitesse du vent. Le papier tomba verticalement. La brise était légère.

L’instant est poignant. Toutes les têtes sont levées, curieuses, anxieuses, angoissées ! Des yeux on suivait l’inventeur qui, très calme, procéda aux préparatifs, qui semblaient se prolonger. Un instant on crut qu’un mannequin serait substitué à Reichelt. (edit de Lostcantina: c'est ce qui était prévu et ce qu'avait déclaré M. Reichelt aux autorités pour avoir l'autorisation de faire ce test)

Erreur, l’homme veut, coûte que coûte, savoir ce que vaut son invention.

Sur une table apportée près de la balustrade de la plate-forme, Reichelt prit place, on déploya son appareil, il donna un coup d’œil en bas, siffla pour avertir qu’il était prêt et fit un bond formidable dans le vide.

Et c’est tout le drame, rapide, effroyable. C’est une chute irrémédiable, irrésistible, contre laquelle la pauvre soie déployée ne peut rien, absolument rien.

À peine dans le vide le vêtement se déploie, une espèce de parapluie surplombe de quelques mètres l’expérimentateur. Mais — est-ce imprudence ou mauvaise orientation — il semble que le courant d’air qui s’engouffre sous la tour ait rabattu la soie, au lieu de la soutenir, et la descente se transforme en une chute libre effroyablement rapide.

Quelques secondes, cinq exactement, et les 60 mètres ont été franchis, et le pauvre aviateur vient s’abîmer sur le sol durci, se tuant sur le coup.

Dans un taxi-auto, des agents le transportent à l’hôpital Necker où l’interne de service ne peut que constater le décès. Le corps fut transporté au poste de la rue Amélie, puis de là au domicile, rue Gaillon.

François Reichelt, tailleur de son état, n’était âgé que de trente-trois ans. Depuis deux ans il s’occupait de la question du parachute, qu’il semblait cependant posséder peu. C’est ainsi qu’il construisit un premier vêtement muni d’une superficie de 4 mètres carrés, alors que pour soutenir un poids de 80 mètres carrés, il faut au moins une superficie de 60 mètres carrés. Il en construisit successivement de 5 mètres carrés, puis de 8 mètres carrés, et enfin le dernier modèle, de beaucoup supérieur, modèle se rapprochant des exigences du réglement du prix Lalanne pour lequel il était engagé.



Mais merci pour ce moment quand même !

Source:
Gallica:

 "le journal amusant" 10 février 1912 (pour le texte)

"Le Petit Parisien": 5 février 1912 (pour le photomontage pour illustrer cet article)

La vidéo vient de Wikimédia: ici

La photo de M. Reichelt, cousu main empiriquement sans trop de connaissance des principes de sciences physiques élémentaires: Wikimédia (ici)